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4.19.2005

Coupure

Il y a des coupures qui font plus mal que d'autres. Des fois, on se coupe très creux. Ça fait très mal. Et ça guérit, un peu. Mais ça laisse une cicatrice.

Je me souviens de la fois où je me suis coupée très creux avec un couteau. Je voulais découper des yeux dans une assiette d'aluminium. J'étais assise sur les genoux de mon père. Il ne m'a pas vu parce qu'il discutait yeux dans les yeux avec une femme-qui-n'était-pas-ma-mère. J'ai passé au travers l'assiette que je tenais bien droite et aussi, au travers mon doigt. Mon père m'a déposé parce que j'allais salir son pantalon avec le sang qui n'attendait qu'une entaille pour gicler de mon corps. J'avais eu très peur. Et j'étais assise par terre, seule, mon père voulant sauver la nappe et sa face devant la femme-qui-n'était-pas-ma-mère. Ça tache du sang, qu'il me disait. J'en porte encore la cicatrice sur le majeur gauche. Une de mes blessures les plus profondes. Elle a guérit, mais chaque fois que je regarde mon majeur gauche, je respire encore l'odeur de la pièce dans laquelle j'étais lors de la blessure. Ça sentait le parfum-qui-pue. Parce que ça ne sent pas toujours bon, le parfum. Quand c'est le parfum d'une femme-qui-n'est-pas-ma-mère, ça pue. Et je sais de quoi je parle, j'en ai senti beaucoup!

Ce soir, j'ai réouvert cette coupure. J'ai cacheté l'enveloppe dans laquelle j'ai déposé un chèque pour mon père avec ce sang. Parce que cette blessure n'a jamais vraiment guéri. Elle s'est même infectée, avec les années. Tantôt, j'y mettrai un pansement. Et un onguent antibiotique, pour prévenir une nouvelle infection. Et ça guérira. Pour de bon cette fois.


Papa,

Voici l'argent que je te dois depuis 10 ans. Je n'avais pas envie de te rembourser parce que c'était symbolique. C'était la seule raison pour laquelle tu me parlais. Tu n'es plus obligé maintenant. Tu peux retourner à tes femmes-qui-ne-sont-pas-ma-mère. Pour tes 55 ans, je te fais le cadeau de sortir de ta vie. Tu l'attends depuis 30 ans, non? Ça m'aura pris ce temps pour me déclarer vaincue. Tu m'as eu. Je ne m'acharne plus. Tu as gagné.

Je t'ai aimé pendant 30 ans. Un amour naïf d'enfant. Je pense que je deviens femme..

Sois heureux R.

Isabelle

PS: Le surplus, c'est pour remplacer la paire de pantalons.

4 Commentaires:

A April 19, 2005 11:14 PM, Anonymous Anonymous a dit...

ça fini comme ça a commencé...

c'est drôle, j'viens de partir mon iTunes, pis c'est Scartissue qui joue...même si le propos et l'essence des deux textes sont différents.

regarde en avant, ça n'fait pas mal au cou...:O)

 
A April 20, 2005 11:50 AM, Anonymous robin a dit...

Bien exprimé, et assez touchant!

 
A April 20, 2005 8:27 PM, Blogger Mamathilde a dit...

Je suis venue voir ce blog, parce que tu commentes souvent avec moi celui de Robin.

C'est étrange parce que j'ai aussi des difficultés relationnelles avec mon père. J'ai arrêté de lui parlr pendant près de 4 ans je crois.

Je ne sais pas si ça va te faire du bien. Je ne sais pas si ça va te libérer de quelque chose. Tout ce que je sais c'est que je pleure comme une bonne depuis 5 minutes.

 
A April 20, 2005 9:20 PM, Blogger Isabelle a dit...

Ça me touche que mes mots vous touchent.

Dites donc, ça en fait du monde touché ça!! On en retire aucun plaisir charnel.. et c'est bon quand même. Ah la puissance des mots!

;)

 

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